KOLLER VIEW 4/22

14 Art suisse, vente aux enchères du 1 er décembre 2022 1 Félix Vallotton (1865–1925). Femme nue agenouillée devant un canapé rouge. 1915. Huile sur toile. 81,5 × 100,5 cm. Estimation : CHF 500 000/700 000 2 Ferdinand Hodler (1853–1918). Portrait de Giulia Leonardi. 1910/11. Huile sur toile. 45 × 50,8 cm. Estimation : CHF 300 000/500 000 3 Cuno Amiet (1868–1961). La Vérité. 1913 (détail). Huile sur toile. 103 × 114 cm. Estimation : CHF 800 000/1 200 000 POUR PLUS D’INFORMATIONS ART SUISSE Laura Koller lkoller@kollerauctions.com CATALOGUE EN LIGNE www.kollerauctions.com 1 2 L’art du nu : entre réalisme et idéal La représentation de l'être humain dévêtu remonte aux prémices de l'expression artistique. Peu de genres suscitent des émotions aussi poignantes que la peinture de nu. Au fil des siècles passés, l’idéal d’un corps nu reflétait avant tout le goût de son époque. Aujourd’hui, il sert surtout de medium pour l’expres- sion artistique. La peinture médiévale représentait la nudité que comme choix iconographique pour ex- primer des thèmes religieux spécifiques : le nu est alors le symbole de la médiocrité et de la mortalité de l'être humain. En revanche, l'esthétique et la sen- sualité joueront un rôle primordial dans l'Antiquité et à nouveau avec la Renaissance qui s’en inspirera. Dès lors, le jeu oscillant entre dévoiler et dissimuler, entre provocation et convention, aboutit à une liberté de mouvement jusque-là inconnue, grâce aux époques Baroque et Rococo, marquantes et audacieuses. Le 19 e siècle ouvrira le genre du nu aux expérimentations liées à la lumière, la couleur et les contrastes. Peinte en 1866 par Gustave Courbet, “l’Origine du Monde" est un tableau clé et scandaleux à la fois, car l'artiste ne montre qu'un fragment osé de corps nu: il invite le public à regarder entre les cuisses de la personne représentée, le confrontant ainsi directement à la sexualité. "La Vérité", nu assis de Cuno Amiet (1868–1961), se nourrit du contraste entre la figure et le fond rouge-orangé et du regard clair de la femme représentée (ill. 3). Dans les contours de ce corps, différentes nuances de bleu et de vert – complémentaires à la couleur de l'ar- rière-plan – font miroiter la figure de manière irréelle. Ce tableau a été réalisé en 1913, dans le cadre d'une série d'allégories destinées à décorer la loggia du Kunsthaus de Zurich nouvellement construit. Cuno Amiet réalise un tableau qui, dans sa forme la plus aboutie, rappelle les divinités bouddhistes et se veut être une représentation intemporelle de la vérité. Le corps dénudé apparaît ici comme une métaphore de l'"aletheia", la vérité nue, et pour ainsi dire pure. Dans l'œuvre de Ferdinand Hodler (1853–1918), les portraits de Giulia Leonardi occupent une place im- portante et comptent parmi ses tableaux de figures les plus beaux et les plus sensuels. Hodler peint ici son modèle de profil, mettant en valeur l'abondante chevelure noire de Leonardi (ill. 2). La tête tour- née vers l'arrière et le torse placé de face, de biais, confèrent au personnage un caractère dynamique et extraverti. À l’opposé, la femme nue de Félix Vallotton (1865– 1925), agenouillée par terre, la tête dissimulée contre un divan rouge, est complètement absorbée dans ses pensées (ill. 1). Comme souvent chez Vallotton, la scène dépouillée et énigmatique invite le spectateur à décrypter lui-même la possible signification de son œuvre.

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